Dernier niveau, le "LOOK OUT"
Cette pièce aussi appellée look out ou belvédère, est entierement vitrée. C'est une cage de verre, une chambre aérienne, innondée de lumière, d'où l'on a une vue incomparable.
C'est dans cette serre de 5 mètres 30 de long sur 3 mètres de large, occupée en grande partie par deux divans, que le poète a travaillé pendant de longues années.
Le plancher est de bois nu ; au centre la verrière ovale qui éclaire la montée de l'escalier.

A gauche, à l'extrémité du mur, une petite tablette de bois noir, que l'on rabat pour ouvrir la porte donnant sur la galerie qui fait le tour du toit. C'est sur cette tablette, ainsi que sur l'autre à angle opposé, que Victor Hugo travaillait, face à l'immensité. Il jetait derrière lui ses manuscrits sur les divans pour en faire sécher l'encre.
Il travaillait chaque jour dès 6 ou 7 heures du matin et jusqu'à midi. Il écrivait debout et avait pris l'habitude de marcher en composant : "Puisqu'il faut" disait il "mourir de quelque manière, j'aime mieux que ce soit par les jambes que par la tête, et j'use mes jambes en marchant beaucoup et en évitant trop de m'asseoir".
"Un écrivain qui, se levant avant le jour, a fini sa journée à midi l'a bien gagnée" disait il, ce qui ne l'empêchait pas de travailler à nouveau au cours de l'après midi, mais il consacrait d'ordinaire celle ci à des promenades le long des grèves sauvages ou dans les riantes vallées de l'île.
A gauche un divan. A droite un autre divan très vaste, à trois gradins, prenant tout l'angle de la pièce. A l'entrée, sur le mur, un miroir à cadre de bois noir qui reflète l'océan.

Sur le mur de facade, un petit poêle Louis XV en faïence blanche vernissée à reflets bleutés, orné d'une statuette de Vénus aux mains pleines de roses. Le mur, qui monte seulement jusqu'à hauteur d'appui est, de chaque côté du poêle, lambrissé de carreaux de céramique blancs, violets et bleus, semblables à ceux de la salle à manger.


Devant soi, le port de Saint Pierre et ses quais puis Castle Cornet ; Hugo fut témoin de la construction du port moderne et de la jetée qui relie Castle Cornet à la ville. Quand il débarqua le 31 octobre 1855, le bateau malle ne pouvait encore arriver à quai et il fallait transférer les passagers et leurs bagages sur de plus petites embarcations. Il arriva par gros temps et la malle contenant le manuscrit des "Misérables" faillit passer par dessus bord.

Plus loin, la pointe de Saint Sampson, les îles d'Herm et de Jethou entre lesquelles, le matin, se lève le soleil, plus loin Sercq, l'île parfumée, plus loin encore, à gauche Aurigny, à droite Jersey, et partout par temps clair, entre les îles, à l'horizon, la côte de France. Un spectacle inouï. "Douze lieues d'océan".
A ce contact quotidien avec l'immensité, la pensée du poète s'épurait, s'élargissait. A l'indignation des premières années de l'exil, qui nous avait valu les vers féroces des "Châtiments", succédait un apaisement olympien. "Sur cette roche où je vis dans la brume et dans la tempête, je suis parvenu à me désintéresser de toute chose, excepté des grandes manifestations de la conscience et de l'intelligence. Je n'ai jamais eu de la haine et je n'ai plus de colère", écrit il en 1865.
C'est dans ce "promontoir du songe" qu'il écrivit, en totalité ou en partie : "La légende des Siècles, Les Misérables, William Shakespeare, Les Chansons des Rues et des Bois, Les Travailleurs de la Mer, Paris, L'Homme qui rit" et ces ouvrages qui devaient paraître après l'exil, certains après sa mort : "Quatre Vingt Treize, La Pitié Suprême, L'Ane, Religions et Religion, Les Quatre Vents de l'Esprit, Le Théâtre en Liberté, La Fin de Satan, Dieu, Toute la Lyre"....
Fin de série.